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La prostate est une large glande de l'appareil génital masculin. Sa fonction principale est de sécréter et de stocker le liquide séminal, l'un des constituants du sperme.

 
Cet organe sexuel secondaire peut être touché par trois grandes affections bien distinctes : l'hypertrophie bénigne de la prostate, la prostatite et le cancer de la prostate. Prostate, sujet tabou, entouré de peurs et d'idées fausses, les hommes consultent peu ou trop tardivement.

Devant la méconnaissance et la négligence du grand public vis-à-vis de cet organe, l'Association française d'urologie (AFU) a organisé la toute première journée nationale de la prostate en septembre. 
Il est donc essentiel de connaître la prostate et les trois grandes maladies qui peuvent l'affecter. Les retards de diagnostic sont dangereux, alors que les traitements médicaux et chirurgicaux existants sont efficaces.

Malheureusement, l'étude Krisis, mise en œuvre par Ipsos, révèle que la méconnaissance, les réticences, les peurs et les fausses croyances, dissuadent les patients de consulter.
La prostate est perçue par les hommes comme un symbole de virilité. Tout problème de prostate est vécu comme un déclin de la jeunesse, de la séduction, de la sexualité, de vigueur, de puissance et de fertilité. Ils croient que les troubles urinaires annoncent un cancer de la prostate et que le seul traitement consiste en l'ablation de l'organe et signe la fin de la vie sexuelle. Face à de telles idées fausses, on comprend effectivement pourquoi les hommes redoutent une consultation…

Types de prostate
L'hypertrophie bénigne de la prostate ou adénome de la prostate

Entre 50 et 75 % des hommes de plus de 50 ans, et la quasi-totalité des hommes de plus de 80 ans sont concernés. Elle se manifeste par des troubles urinaires plus ou moins sévères (gêne à l'écoulement des urines et troubles mictionnels).
Le diagnostic est à réaliser au cas par cas : bandelette urinaire, ECBU, toucher rectal, évaluation de la gêne et du retentissement dans la vie quotidienne, dosage du PSA, échographie et débimétrie. Les traitements sont médicamenteux ou chirurgicaux. Le seul risque d'effet secondaire sexuel de la chirurgie concerne l'éjaculation rétrograde et donc la fertilité.

La prostatite

La prostatite affecte les hommes de tous âges, avec une fréquence élevée chez les jeunes de 30 à 40 ans. La prostatite aiguë est généralement due à une infection bactérienne, dont les premiers signes correspondent à des troubles urinaires. La prostatite chronique est due à une inflammation importante de la prostate, résultant le plus souvent d'une prostatite aiguë insuffisamment soignée et récidivante. Les symptômes sont divers : douleurs inguinales, périnéales, testiculaires ou scrotales, troubles urinaires irritatifs ou obstructifs, impuissance ou douleur lors de l'éjaculation. En revanche, et à l'inverse de la prostatite aiguë, pas de fièvre ni d'altération de l'état de santé général.
Le diagnostic repose sur le touché rectal et un ECBU (examen bactériologique des urines). Le traitement comprend un antibiotique et des anti-inflammatoires.
Une prostatite non traitée risque d'évoluer vers des complications.
Le cancer de la prostate

Un Français sur huit sera concerné. Longtemps silencieux, il est souvent découvert trop tardivement. Chaque année, 10.000 hommes meurent de ce cancer car dépisté trop tard pour être soigné.
L'AFU recommande aux hommes de 50 à 75 ans d'effectuer chaque année un dépistage, comprenant un dosage du PSA (antigène prostatique spécifique) et un toucher rectal.
En cas d'antécédents familiaux et d'origine africaine ou antillaise, ce dépistage est recommandé à partir de 45 ans.

Ce cancer se développe à partir des tissus de la prostate, une glande de l'appareil reproducteur masculin, quand des cellules y mutent pour se multiplier de façon incontrôlée.
Celles-ci peuvent s'étendre (se métastaser) en migrant de la prostate jusqu'à d'autres parties du corps (surtout os et ganglions lymphatiques).

Le cancer de la prostate survient indépendamment de l'hypertrophie bénigne de la prostate (ou adénome prostatique). Il est dans l'immense majorité des cas un adénocarcinome.
Le cancer de la prostate peut provoquer des douleurs, une difficulté d'uriner, un dysfonctionnement érectile et d'autres symptômes.

Le traitement se fait par chirurgie, radiothérapie, thérapie hormonale et parfois la chimiothérapie, ou en combinant plusieurs de ces méthodes.
Les taux de ce cancer varient considérablement de par le monde. Il est moins répandu en Asie du Sud et en Extrême-Orient, plus commun en Europe et encore plus aux États-Unis. Selon la Société américaine du Cancer, ce cancer est plus rare chez les asiatiques et plus répandu chez les noirs (les taux élevés pouvant aussi être influencés par l'accroissement de l'effort de détection).

Le cancer de la prostate se développe le plus souvent chez l'homme de plus de cinquante ans. C'est le type de cancer le plus commun chez l'homme, où il est responsable de plus de morts qu'aucun autre cancer (hors cancer du poumon). Cependant, un grand nombre d'hommes qui développent un cancer de la prostate n'éprouvent jamais des symptômes, ne subissent aucune thérapie et meurent finalement pour d'autres raisons. Beaucoup de facteurs d'origine génétique, toxicologie et alimentaire semblent impliqués dans le développement de ce cancer.

Des foyers de cellules cancéreuses sont retrouvés dans 30 à 70 % des cas lors d'études autopsiques réalisées chez des hommes de 70 à 80 ans ; le cancer de la prostate reste néanmoins le plus souvent asymptomatique : un homme de 50 ans n'a qu'une probabilité de 10 % de connaître un diagnostic de cancer de la prostate, et de 3 % d'en mourir.

Causes

Elles ne sont pas connues avec précision.

Il existe une prédisposition génétique et la présence de certains gènes semble faiblement corrélée avec la survenue de la maladie. En particulier, une mutation sur le chromosome 8 pourrait expliquer la plus grande fréquence de ce cancer chez le noir américain.

Des causes nutritionnelles ont été évoquées avec un rôle potentiellement protecteur des lycopènes. De même, l'exercice physique pourrait avoir un effet légèrement protecteur et le tabac un effet délétère.



Traitement

L'âge, la santé générale de l'homme aussi bien que la mesure de propagation, l'aspect sous le microscope et la réponse du cancer à un traitement initial sont importants pour prévoir l'issue de la maladie.
Comme le cancer de la prostate est une maladie d'hommes âgés, beaucoup mourront pour d'autres raisons avant que le cancer de prostate ait pu s'étendre ou causer des symptômes. Cela rend difficile le choix du traitement. Décider si on traitera ou non un cancer localisé de la prostate (une tumeur limitée à l'intérieur de la prostate) dans l'intention de le guérir est un arbitrage qu'on doit faire entre les effets favorables et nuisibles qu'on attend au point de vue de la survie du patient et de sa qualité de vie.

Le traitement doit donc être discuté au cas par cas suivant l'extension du cancer, l'état général du patient et les maladies associées. Une simple surveillance peut être ainsi conseillée chez le patient âgé ou chez les porteurs d'une forme très localisée.

Traitements médicaux

Hormonothérapie
Il y a une corrélation entre la production de testostérone (hormone mâle) et la multiplication des cellules cancéreuses. Un traitement bloquant ou réduisant fortement la production de cette hormone permet de freiner très efficacement l'évolution de la maladie. Certains médicaments sont administrés sous forme d'une injection sous-cutanée tous les 3 mois. D'autres sont administrés par voie orale. Les effets secondaires sont cependant nombreux, mais rarement graves. L'hormonothérapie, qui était le traitement réservé aux formes évoluées, ou métastatiques, a vu ses indications étendues au traitement des tumeurs récusées pour la chirurgie (du fait de la taille de la tumeur, du risque de chirugie non complète,...) et pour lesquelles le taux de rechute après radiothérapie demeurait important. Le contrôle plus global de la maladie, en additionnant radiothérapie et hormonothérapie pour 3 ans, permet d'améliorer notablement le nombre de patients pour lesquels la maladie demeure indétectable.

Chimiothérapie

Jusqu'au début des années 2000, l'utilisation des chimiothérapies cytotoxiques, dans les cancers de prostate métastatiques, et dont le traitement habituel par hormonothérapie devenait inefficace (jugé en particulier sur l'augmentation répétée du PSA malgré une suppression androgénique), s'est avéré un échec. L'avènement du docetaxel (Taxotere) a modifié les possibilités thérapeutiques, entr'ouvertes par la mitoxantrone (Novantrone°) quelques années plus tôt. Pour la première fois, une molécule utilisée à un stade avancé de la maladie, parvenait à améliorer la survie et la qualité de vie des patients. Trois études contrôlées confirment ces résultats. D'autres sont en cours pour intégrer la chimiothérapie plus précocément dans l'histoire de la maladie : pour des tumeurs localement avancées, en cas de progression biologique mais avant l'apparition des métastases, et pourquoi pas, dès après la chirurgie, pour traiter d'éventuelles micro-métastases.

Chirurgie

Elle repose sur la prostatectomie, dite radicale ou totale. Elle comporte l'ablation de la prostate et des vésicules séminales et peut être précédée d'un prélèvement des ganglions de drainage de la prostate. La chirurgie peut être réalisée par voie ouverte (incision chirurgicale au niveau de l'abdomen ou au niveau du périnée) ou par voie coelioscopique abdominale ; la chirurgie est réservée aux cancers localisés à la prostate et offre de grandes chances de guérison si le cancer est effectivement localisé et peu ou moyennement agressif (agressivité estimée par le score de Gleason) ; elle peut entraîner une incontinence urinaire, le plus souvent temporaire et des troubles de l'érection. Actuellement, il n'y a pas de supériorité d'une technique par rapport à une autre en ce qui concerne les résultats carcinologiques et les résultats fonctionnels urinaires et sexuels.

Cœlioscopie

La prostatectomie cœlioscopique fut utilisée par une équipe américaine qui publia en 1997 qu'elle abandonnait après 8 cas tant l'intervention était difficile. Ce sont les équipes françaises qui fin 1997 et début 1998 reprirent le flambeau et montrèrent que cette technique était faisable. Gaston de Bordeaux, et Vallancien et Guillonneau de Paris développèrent la technique en la standardisant. Vallancien et son équipe ont publié la technique par voie transpéritonéale puis par voie sous péritonéale qui semble plus simple. Elle est maintenant reconnue dans le monde entier. Avec une expérience de près de 3000 opérations réalisées, l'équipe chirurgicale de l'institut Montsouris à Paris a pu montrer les avantages de la prostatectomie cœlioscopique : il faut retenir le séjour hospitalier plus court (5 jours contre 8 en moyenne selon les statistiques du PMSI 2004, la douleur post opératoire moindre voire quasi nulle, le taux de transfusion d'environ 2 à 3 % contre en moyenne 15 % pour la chirurgie ouverte. Les rétrécissements de la suture entre la vessie et le canal de l'urètre sont plus rares (1,5%). La reprise de l'activité est rapide après environ une semaine..

Cryoablation

Le tissu prostatique cancéreux peut être détruit par application locale d'un gaz très froid. La cryosonde (refroidie le plus souvent à l'azote liquide ) est introduite en endourétral jusqu'à la prostate , la bonne position de la cryode peut être vérifiée par diverses techniques et notamment une endoscopie menée par un trocard sus pubien, transvésical. Un cycle de congélation et de décongélation sera mis en oeuvre durant quelques minutes et répété si nécessaire, une sonde urétrovésicale est posée en fin de technique et permettra l'évacuation progressive des tissus nécrosés par l'application du froid, certains pratiquent une résection transurétrale des tissus mortifiés par la cryothérapie pour accélérer le processus. Une autre technique passe par la pose d'aiguilles particulières par voie périnéale et sous contrôle échographique.


Ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU) 

Cette technique est récente et non invasive. Son utilisation en première intention est particulièrement bien adaptée à certaines indications et notamment les patients atteints de cancer localisé de la prostate non candidats à la chirurgie, soit en raison de leur âge (plus de 70 ans), soit en raison de facteurs de co-morbidité (antécédents, obésité, troubles cardiaques, etc.) En seconde intention, ce traitement a fait les preuves de son utilité dans le cas de patients en situation d'échec après radiothérapie. Le principe consiste à focaliser des faisceaux d'ultrasons de haute intensité dans la prostate de manière à obtenir un effet d'ablation thermique de celle-ci.

Radiothérapie

Elle peut être externe ou par implantation de composants radioactifs dans le corps même de la prostate.

Soins de support et soins palliatifs

les soins de support et soins palliatifs sont important. Au stade avancé de leur maladie les patients présentent très souvent des douleurs liées aux métastases osseuses. Ces douleurs justifient très rapidement d'un traitement par morphine. La fatigue, l'anémie, les troubles de la libido, les troubles urinaires sont fréquents et doivent être pris en compte. Le traitement de la douleur, en utilisant la gamme habituelle des antalgiques (classés par paliers de 1 à 3, selon leur puissance, 3 représentant les antalgiques opiacés, ne doivent jamais être oubliés en tête de liste des traitements palliatifs. Même s'ils ne sont pas spécifiques des cancers de la prostate, ces traitements sont très fréquemment employés, compte tenu de la grande fréquence des métastases osseuses à un moment donné de l'évolution, et de l'importance des douleurs qu'elles peuvent générer. Les biphosphonates, par voie orale (clodronate) ou injectable (zoledronate, pamidronate, ibandronate) sont d'une utilité statistiquement démontrée comme supérieure au placebo, dans le traitement des métastases osseuses. L'irradiation des métastases osseuses douloureuses ou des masses compressives, peut régulièrement, surtout dans le premier cas, apporter une amélioration symptomatique durable. La scintigraphie au samarium (Quadramet), est affaire de spécialistes, reposant sur l'administration, en médecine nucléaire, comme sur le principe de la scintigraphie osseuse diagnostique au technetium 99, d'un isotope qui se distribue presqu'exclusivement dans le tissu osseux. De ce fait, et grâce à sa durée d'action, il peut apporter un soulagement dans 50 à 70 % des cas, et pour plusieurs mois. Mais son accès n'est pas forcément aisé, le patient doit être en bon état général et avec un hémogramme satisfaisant. De plus, la chimiothérapie doit être interrompue pendant plusieurs semaines pour cette procédure. L'anémie provient de la castration hormonale et au stades avancés de la chimiothérapie. Elle peut être prévenue par des injections d'érythropoïétine. Il faut systématiquement rechercher une carence martiale. Les signes urinaires sont du soit aux séquelles des traitement par chirurgie ou par radiothérapie. Ils proviennent parfois d'une évolution locale incontrôlées de la maladie. ils peuvent être extrêmement invalidants, qu'il s'agisse de rétention urinaire ou de douleurs pelviennes parfois intenses.

Prévention et dépistage

Il n'existe pas de traitement préventif avec une efficacité démontrée. Le finastéride a été testé et semble diminuer l'incidence de ce cancer mais ces derniers semblent être plus grave, ce qui en annule l'avantage.

Dépistage

Les difficultés du dépistage du cancer de la prostate sont multiples, et l'enjeu non résolu est de différencier les formes potentiellement évolutives et dangereuses des formes quiescentes atteignant probablement un homme sur deux en fin de vie.

Le dépistage dans sa forme actuelle ne repose que sur deux examens intrinsèquement très insuffisants (dans l'optique de ce dépistage) : le dosage du taux de PSA et le toucher rectal (ce dernier pouvant retrouver un nodule ou une induration localisée). Ces examens ont une spécificité et une sensibilité faible. Plus récemment, une analyse du gène PCA3, suivi de biopsies a été proposée.

Les campagnes de dépistage ainsi réalisées permettent certes de détecter un grand nombre de «porteurs» de cellules cancéreuses, mais le risque de « surtraitement » et de morbidité afférente reste difficile à évaluer. En outre, il n'a pas été montré de façon certaine une diminution de la mortalité ni une amélioration franche de la qualité de vie chez les personnes ainsi détectées et traitées chirurgicalement.

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